08 février 2010

Amélie,

Peut-être qu'aujourd'hui tu lui as demandé "on est l'combien ?", qu'il a répondu "le 8, on est le 8 février", et puis, et puis rien. Je suis sûr que ça n'a pas résonné en toi cette date du 8 février. C'était y'a un an, et je revois toute la journée très bien. Tu ne voulais pas que je parte, puis finalement tu n'as plus voulu que je revienne. A l'aéroport, je tenais ta main, j'essayais de retarder au maximum le moment où je devrai la lâcher, mais contre le temps on ne peut rien. Et tu vois, c'est étrange hein, parce que rien que d'écrire ces lignes là, je me sens à vif, je pleure, oui je pleure en te revoyant de l'autre côté me faire signe de la main, les yeux humides, je me revois, orphelin dans la salle d'embarquement à ne pas retenir mes larmes, je revois les gens autour qui n'étaient pas des êtres humains, juste des figurants. Mon petit poucet me manque parfois, la complicité qu'on avait toi et moi, cette simplicité, pas de "chis-chis" comme tu disais. Et tu vois, aujourd'hui, y'a des fois où je m'en sors vraiment pas, tu n'as pas idée comme je m'en sors pas. Tu n'as pas idée comme vivre m'est douloureux. Et plus ça va (ou plutôt moins ça va), et moins j'arrive à faire semblant. Tout le monde a remarqué mon rapport pour le moins nouveau à l'alcool, aussi bien mes amis que ma famille. Devant mes parents et ma soeur j'arrive encore à donner le change, mais mes amis sont tous plus ou moins au courant de mon mal de vivre, même sans que j'en parle forcement ouvertement, ils l'ont vu. Ils sont gentils avec moi tu sais, Elodie m'a dit que j'avais "pas le droit de faire une dépression", Aurélien que je devrais faire gaffe avec l'alcool, et que la seule vraie solution, c'est le temps, et puis il y a Justine, Justine qui a peur que je mette fin à mon calvaire en mettant fin à mes jours comme on dit, Justine qui est toujours aussi gentille tu sais. Elle ne va pas très bien non plus, mais trouve encore le temps, tous les jours, de s'inquiéter pour moi. Mais malgré eux, malgré Katrin aussi, et d'autres, ça ne suffi pas vraiment, ce qu'il me faudrait je crois, c'est le soutient de mon petit-poucet, mais je sais qu'il est mort et enterré. 

Ne crois pas que j'écris tout ça pour te faire culpabiliser, pas du tout, tu as juste été l'élément déclencheur, et même là, je n'ai rien à te reprocher, tu méritais autre chose que ce que je pouvais t'apporter, et ça me fait plaisir de savoir qu'aujourd'hui tu l'as eu. Je t'écris juste parce que ça fait 1 an, parce que j'ai envie de dire la vérité, et la vérité c'est que tu as changé, que j'ai changé, et que probablement si on devait se rencontrer demain pour la première fois, on ne tomberait pas amoureux l'un de l'autre. Mais, même si aujourd'hui une grande partie de mes souffrances vient du fait que je suis amoureux de Wiebke, mon petit-poucet a gardé une place en moi, et je crois qu'il la gardera encore un petit bout de temps. Et tu sais, même si je ne suis pas quelqu'un de facile, c'est vrai, tu t'en rendais peut être pas compte, mais j'ai toujours fait de mon mieux pour que tu sois heureuse. Et je ne me souviens plus si je te l'avais dit, mais dans la nuit du 8 au 9 février, après que tu m'ai demandé de tout annuler, de revenir, j'ai été à deux doigts de le faire, j'avais même commencé à écrire un mail à Marta, ma "tutrice" polonaise pour lui demander comment procéder. Puis finalement, après avoir hésité, je ne l'ai pas envoyé. Tu te rends compte à quoi tiennent nos vies ? Un mail envoyé ou non... Si je l'avais envoyé, tout aurait été différent, mieux ou pire, je ne sais pas, en tout cas je ne regrette pas le choix que j'ai fait, car tenir la main de Wiebke dans la rue Piotrkowska ça vaut bien toutes les souffrances du monde.

Posté par Guillaume_Vertov à 21:54 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Amélie,

  • Ne te noie pas dans la vodka... Wiebke est là... Comme quoi, tu avais bien fait de ne pas tout abandonner: tes projets, ton année... Wiebke est là... Je voudrais t'envoyer un ange gardien pour te protéger des tiens (:tes démons qui ne te disent pas comme tu es qqun de bien, de talentueux, qui peut rendre qqun heureux et être heureux)... Mais, je ne t'en envoie pas car Wiebke est là et est peut être de ses "ailes" là...

    Posté par Amélie, 09 février 2010 à 10:49 | | Répondre
  • Je crois qu'aussi bien toi que moi on savait que je finirais par en arriver là, ça me planait au dessus du crâne, et je sais, puisque tu me l'as dit quelques fois, que ça t'as atteint aussi parfois, que ce que tu appelles "mes démons" ont parfois eut un impact sur toi, et je suis sincèrement désolé pour ça, désolé pour les fois où je t'ai abimée.

    Pour en revenir à ma situation actuelle, je me dis que c'est comme ça, que ça fait partie de moi, je ne sais pas bien si c'est de la fatalité ou de la lucidité. Et puis j'espère que ce n'est qu'un passage à vide, j'espère que mon départ pour Berlin va pouvoir me permettre de repartir à zéro. Tu sais, tu avais raison, je n'étais pas apte au bonheur, je n'étais pas prêt pour être pleinement heureux et dans ce sens toutes mes douleurs d'aujourd'hui seront peut être mes forces de demain, j'ai envie d'être fort et léger, de revenir à la vie, me réveiller, me relever, j'ai frôlé le bonheur et je voudrais désormais pouvoir l'attraper et le garder sous mes doigts. Tu sais, Wiebke est très toxique pour moi, elle a le pouvoir de me faire souffrir terriblement ou de me faire voyager dans les étoiles. Et pour le moment elle est loin, très loin, et moi j'ai mal, très mal. Et je ne lui ai jamais dit, mais c'est évidemment avant tout pour elle que j'enménage à Berlin, je mets toutes les chances de mon côté pour être heureux, j'espère maintenant un petit coup de main du destin, et en attendant je m'accroche plus ou moins bien. Je me sens épuisé, arrivé au bout de quelque chose et ce départ en Allemagne c'est un peu mon dernier coup de poker.

    Et sinon, il se trouve que dans la nuit du 9 au 10 février (donc quelques heures après ton commentaire), Wiebke m'a écrit (ce qui est un évènnement car ce n'est pas quelqu'un qui communique beaucoup) et je l'ai sentie proche de moi, ça m'a fait tellement de bien, c'est comme si elle avait reçu le message qui dit qu'à un ange gardien on la préfère elle. Au moment où tu as écrit ces mots là, en réalité, non, Wiebke n'était pas là, mais depuis, oui, elle est là, à sa manière, bel et bien là, alors s'il te plait continue à ne pas m'envoyer d'ange gardien et à dire à Wiebke en pensées que j'ai l'aime certainement maladroitement, mais sincèrement, et que j'ai tellement besoin d'elle auprès de moi.

    Posté par Guillaume, 12 février 2010 à 03:44 | | Répondre
  • Fais-toi confiance, c'est peut-être la meilleure façon de laisser venir à toi l'amour des autres, ou de l'Autre en général.

    et tu verras que le monde est bien fait, il y a des gens qui ont besoin d'affection et des gens qui ont besoin d'en donner.

    Laisse-toi aimer (y compris de ta part), et tu verras que tu en es capable aussi

    Posté par gros nuages, 13 février 2010 à 12:58 | | Répondre
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